Bonne fête papa!

 

 

Ces textes ont été écrits pour des capsules réalisées par Loue Tremblay, diffusées à Radio-Canada en mai 2006. Ils ont respectivement été lus par Rémy Girard, Stéphane Archambeault et Sophie Cadieux.

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DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

Je me promène au bord du Saint Laurent, l’été est enfin à nos portes! Je me sens léger et grave à la fois… Je croise deux amoureux enlacés, rayonnant de tendresse, ils sont beaux et je leur souris. Mon pas est lent et je pense à toi, à ta voix étranglée par l’émotion au téléphone, entre rires et larmes… A ton tour tu viens d’être père et tu me donnes la joie d’un premier petit-fils! Le temps se bouscule dans ma tête et je me revois annonçant à ton grand-père ton arrivée prématurée sur notre bonne vieille terre… C’était hier, c’était il y a… 34 ou 35 ans… Je n’ai jamais eu de mémoire pour les dates… Ce qui avait le don d’agacer ta chère maman… Tu étais si petit et moi si maladroit… J’entends encore mon père me dire en te prenant dans ses bras, que tu étais certainement la plus belle de mes réussites! C’était maladroit et chaleureux à la fois et je n’ai jamais oublié l’accolade qu’il me donna ce jour-là… Elle traduisait tout l’amour qu’il ressentait mais qu’il exprimait si rarement! Tu as peu connu ton grand-père et pourtant tu as fait partie des dernières joies de son existence. C’était un homme que les épreuves de la vie avaient endurci, ce qui ne l’a pas empêché de m’inculquer certaines valeurs essentielles auxquelles je crois profondément. Et à te voir aller dans la vie, je suis heureux de constater qu’à mon tour, j’ai été capable de t’en transmettre quelques-unes! Oh! loin de moi de penser que j’ai été un père exemplaire, mais je me dis que quelque part, je n’ai peut-être pas complètement failli à la tâche…
Moi non plus, je n’ai jamais bien su manifester mes sentiments avec des mots. Dans la famille on n’est pas des « parleux » comme disait ton grand-père! Et ton choix de devenir comédien n’est sans doute pas étranger à cette tradition familiale que tu as su briser avec brio! Et je suis fier que contre vents et marée, tu te sois donné les moyens de réaliser ton rêve!
Je m’arrête un moment et je regarde le fleuve. Je pense à toutes ces générations qu’il a vu naître et mourir, coulant inlassablement au rythme des saisons entre gel et dégel. Et j’éprouve soudainement un grand bonheur à me sentir un maillon de l’éternel cycle de la vie… Fils, père, grand-père…
Tiens un arc-en-ciel! Te souviens-tu que petit garçon tu les appelais des « lacs-en-ciel »? L’arrivée de ton fils rallume ma mémoire de père…. quand la tienne vient tout juste de naître! Tu ne soupçonnes pas encore sur quel chemin va t’entraîner cette vie en devenir, mais entre doutes et convictions, elle bousculera toutes tes certitudes! Et si j’ai pu un peu contribuer à ce que tu deviennes un homme, ton fils va faire de toi un père, car tu découvriras avec le temps que c’est lui qui te fera grandir!

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LA NUIT DES ÉTOILES

Je suis allongé sur la galerie du petit chalet, le fond de l’air est frais… Emmitouflé dans la couverture tricotée par Grand-maman, j’écoute le silence. La nuit est envoûtante et la paix qui règne ici est poignante… Le ciel est tapissé d’une multitude d’étoiles et petit à petit mon regard se fond dans l’immensité de la voie lactée qui me semble à portée de main. Comme si la terre et les cieux ne faisaient qu’un! Je suis au rendez-vous… J’ai laissé dans son étui, le télescope que je t’avais offert pour la fête des pères, avec mon premier salaire d’ingénieur, et dont tu n’as dû te servir qu’une seule fois pour ne pas me froisser! J’ai compris avec le temps que c’est à moi que j’avais fait un cadeau! Je voulais que tu sois fier de ma réussite! Et tu l’étais!
Mais toi, l’homme simple et bon qui a guidé mon enfance, l’homme des bois, tu n’avais besoin de rien d’autre que tes sens pour apprécier le génie créateur du Big Boss, comme tu disais!
Cassiopée… La Grande ourse… la chevelure de Bérénice ou la constellation du Dragon… Le ciel n’avait pour toi aucun secret… Et notre rendez-vous annuel du mois d’août était sacré! Chaque année tu m’en apprenais un peu plus… Tu testais ce que j’avais retenu ou bien oublié! Chaque année je devenais plus grand et plus savant! Et la nuit des perséides commençait toujours par ta phrase rituelle :
Écoute! Le lac, les arbres, la terre, le moindre brin d’herbe… Toute la nature se prépare pour le grand ballet des étoiles… Et toi, Fils! tu es prêt?
Ça y est! La voilà! La toute première étoile filante!… Oui P’a! J’ai fait mon vœu!
Et puis une autre et encore une autre… Et parmi les dizaines de vœux que je faisais, il y en avait un qui revenait inlassablement…Que jamais ne cesse ce rendez-vous…
Ici et maintenant, le temps s’arrête, tu n’es plus là et pourtant tu es si présent… Je pourrais presque sentir ta main calleuse sur ma joue…ou entendre ton rire me dire : Le premier qui en voit cinquante sera nommé maître des étoiles et ne fera pas la vaisselle pendant huit jours! Je sais que tu m’as souvent laissé gagner! Et maintenant que tu ris le nez dans les étoiles… je me demande laquelle tu as choisie pour te reposer… Sur la queue de quelle comète te promènes-tu là haut?…
Waooh! Celle-là était magnifique… Rien que pour moi… Et elle vient me rappeler ton plus beau conseil : Si tu cherches à décrocher la Lune et que tu la rates, accroche-toi à une étoile…il y en a tant… tu finiras bien par trouver la tienne!

Salut papa!

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L’ENVOL

Mais oui papa… tu es superbe! Arrête de tirer sur tes manches! Non je t’assure que ta veste tombe très bien! Allez va prendre un peu d’air sur la galerie… Va te détendre, je te rejoins…
D’un pas faussement assuré tu traverses le salon… et je te regarde faire les cents pas dehors… Puis t’asseoir, te relever, t’asseoir encore… Je ris intérieurement de te voir si nerveux et en même temps je te trouve infiniment touchant!
Je suis tellement heureuse que tu te sois enfin décidé à faire le pas!… Marie-Ève est une femme fantastique et je suis sûre qu’elle te comblera de bonheur…
Mes yeux s’arrêtent un moment sur les dizaines de photos qui trônent sur le piano. Je suis encadrée sous toutes les coutures et à tous les âges! J’adore celle où je suis endormie sur tes épaules avec les oreilles de mon lapin blanc qui dépassent au-dessus de ta tête! Tous ces petits instantanés respirent la complicité qui nous unit depuis toujours! Et je pense à toutes ces années où tu as mis de côté ta vie d’homme pour te consacrer essentiellement à ta vie de père. Au courage et à l’amour qu’il t’a fallu pour m’élever seul et dans le souvenir joyeux d’une femme et d’une maman partie trop vite et que tu aimais tant! Tu as été pour moi un père et une mère… même si quand je regarde certains clichés, je trouve que tes choix vestimentaires à mon égard étaient parfois d’un goût douteux! Tu m’as aimée pour deux…avec cette foi dans la vie que tu m’as appris à ne pas confondre avec le monde!
Mes pensées vagabondent, alors que, dans quelques minutes, je vais être témoin à ton mariage… Je repense à toutes ces histoires que tu me racontais, jamais sorties d’un livre, mais toujours de ton imagination fertile! Il m’arrive encore de fredonner les comptines que tu composais pour moi sur ton harmonica! Mon enfance, je l’ai vécue comme un grand éclat de rire! Avec toi, faire des crêpes, aller magasiner ou assister à une partie de hockey n’était jamais banal. Et mes copines m’enviaient ce drôle de papa qui parfois en faisait un peu trop! Comme cette fois où tu es venu me chercher à l’école habillé en clown, alors que j’allais avoir…. 15 ans! Sur le moment je t’aurais étripé… Mais pour te rattraper d’avoir oublié que je n’étais plus une petite-fille, j’ai eu droit à cette paire de bottes rouges à talons hauts que tu me refusais depuis si longtemps! Je pense que c’est ce jour-là que tu t’es rendu compte que cela faisait un moment que je ne croyais plus à la Fée des dents!
Tu as été et tu es un père formidable et chaque fois que je me regarde dans le miroir et que j’y vois un vilain petit canard, je t’entends me dire avec la voix de Donald : N’oublie pas qu’il est devenu un cygne!
Oui j’arrive papa!… Allez!… Toi qui as si bien su me donner des ailes… il est temps que tu prennes ton envol! Je t’aime!

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Textes de Sophie Hartung ©2006 Tous droits réservés

 

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