Bonne fête maman!

 

 

Ces textes ont été écrits pour des capsules réalisées par Loue Tremblay, diffusées à Radio-Canada en mai 2006. Ils ont respectivement été lus par Alexandre Campagna, Sylvie Léonard et Vincent Graton.

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DE TON VENTRE

Dehors je sais qu’il fait froid, car je te sens frissonner par moment. Moi je suis bien au chaud. Ta voix claire me parvient dans mon cocon feutré. Tu es gaie aujourd’hui… Tu chantes et puis tu ris… J’aime ton rire, il résonne en moi comme le son d’une cascade, dans un bruit un peu sourd…mais si rassurant.
Tiens… Tu t’arrêtes soudainement de marcher… Tu me trouves bien agité, je pédale un peu trop fort à ton goût… Tu me demandes avec tendresse mais fermeté de cesser ma petite gymnastique… Les sacs d’épicerie sont lourds et tu as besoin de toutes tes forces pour nous ramener à la maison!…
Je sens quand tu es contrariée, triste ou joyeuse… D’ailleurs, je ressens tout ce que tu ressens…
L’intensité de notre intimité nous lie depuis le premier jour et pour toujours. Toi ma toute première complice… Tu sais, moi qui passe la plupart de mon temps à dormir au rythme des battements familiers de ton cœur, souvent, dans ma petite bulle aquatique, je rêve!… Je rêve de toi.. Et j’imagine la forme de ton visage, la couleur de tes yeux ou de tes cheveux, la candeur de ton sourire… la douceur de ta peau… Toutes les mamans ont la peau douce…
Je me souviens du jour où tu m’as entraperçu pour la première fois…en noir et blanc! J’avais l’air d’une grosse crevette mais pour toi j’étais déjà le plus beau bébé du monde! Tu ne sais d’ailleurs toujours pas quel sexe j’ai choisi! Tu ne veux pas le savoir. Tu me laisses ma part de mystère jusqu’au bout…Après tout, l’Amour n’a pas de sexe!
J’adore quand tu nous berces et que tu me racontes tout ce que tu as préparé pour mon arrivée… Tiens j’entends le chat qui ronronne… J’aime ça quand il vient se frotter contre toi, ça me fait des guilis dans l’oreille… J’aime sentir ta main protectrice et bienveillante, malgré la paroi qui me sépare encore de tes bras! Nous ne nous sommes encore jamais vus et pourtant jamais nous n’aurons été aussi proches!
Depuis quelques jours, je sens ton impatience… moi aussi je commence à être à l’étroit… Et je te sais heureuse et fébrile à l’idée de me serrer contre toi… Toi qui me laisses prendre chaque jour un peu plus de place aussi bien à l’intérieur, qu’à l’extérieur, toi qui me consacres tout ton temps 24 heures sur 24 depuis un peu plus de 8 mois, toi qui m’aimes et me chéries depuis l’annonce de ma venue…Toi mon canal de vie…
Future consolatrice, infirmière, confidente, ou magicienne…je t’aime déjà d’un amour inconditionnel… Toi que bientôt, pour ma vie entière… j’appellerai Maman…

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COULEUR DE LUNE

Debout sur la table de la cuisine, j’ai du mal à tenir en place… Épingles à la main, tu essayes tant bien que mal de contenir mon excitation de petite-fille… Je n’ai qu’une envie c’est de tourner, tourner, tourner pour faire virevolter la robe couleur de lune que tu m’as confectionnée et que tu tentes de finir d’ajuster! Cette robe couleur de lune que je voulais tant, après avoir vu Peau d’Âne au cinéma…Mes six ans étaient si fiers de l’arborer pour la fête de mon école…Mes six ans et ta joie de me voir si heureuse… Ah! ma robe couleur de lune qu’au fil des ans, tu rapiéçais, retaillais, agrandissais… jusqu’au jour où mes onze ans ont commencé à lorgner du côté de ta garde-robe! J’avais une fascination pour ta robe des occasions comme tu disais… Couleur bleu nuit, toute en voile, avec sa grande étole aux reflets argenté… Papa te l’avait offerte un Noël… Tu t’es empressée d’aller l’essayer… et quand tu es revenue dans le salon, nous avions tous applaudi… Tu la trouvais trop décolletée, mais pour nous, tu avais l’air d’une reine… Je crois même que j’étais un peu jalouse…
Tiens, la pluie a cessé… Je caresse ton visage, il se détend peu à peu…
Je souris en pensant à ma première peine de cœur, mes 15 ans et nos premiers conflits!…Tout ce qu’à l’époque je ne percevais que comme incompréhension de ta part mais qui au fond n’était que de l’inquiétude… Il m’aura fallu être mère à mon tour pour le comprendre!
J’ai toujours le Perfecto que tu avais déposé sur mon lit pour mon anniversaire, alors que cela faisait plus de quinze jours que je ne te décrochais pas un mot! Tu trouvais ça si peu féminin… Mais tu as toujours eu l’art de désamorcer mes bombes intérieures… Dans une des poches, tu y avais glissé la photo d’un petit cochon, au dos de laquelle tu avais écrit : Je t’aime. Maman! C’est vrai que j’ai tout un caractère… Mais j’ai de qui tenir!
J’ai tellement hâte de t’entendre rire à nouveau, d’entendre tes reproches sur ma cuisine trop salée ou mes tenues débraillées!
Ta main dans la mienne, je te regarde… Toi qui m’as veillée si souvent! Tu te réveilles doucement et dans le silence de cette chambre étroite aux odeurs d’éther, je mesure la force du lien qui nous relie et combien ton amour de mère a fait de moi ce que je suis et ce que je ne suis pas! Ton regard s’allume enfin et à l’instant même je ressens qu’il y a quelque chose de parfait dans l’imperfection de notre relation et pour rien au monde je n’aurais voulu une autre mère que toi!

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BÂTON DE VANILLE

Je parcourais les allées du marché Jean Talon à la recherche de tous les ingrédients pour mitonner un pot-au-feu promis à ma belle-famille depuis des lustres! Comme toujours, j’étais pressé et j’étais obsédé par la somme de travail que j’avais laissé en plan pour honorer ma promesse!
Bon alors… Les oignons… les carottes…pommes de terre…choux… poireaux…Oh! crème d’andouille!!! j’allais oublier les clous de girofle! La simple idée de faire demi-tour et de traverser à nouveau la foule trop dense, fit monter mon taux de cholestérol instantanément!…Et pour couronner le tout, la poignée de mon sac de pomme de terre eut la bonne idée de se briser au même moment! Mon exaspération était à son comble! Mais alors que je tentais tant bien que mal de récupérer mes patates rouleuses, entre les pieds des passants… je fus soudain envahi par une forte odeur de vanille… Je m’arrêtais une fraction de seconde, puis repris ma cueillette sur l’asphalte!
Bon, maintenant… direction clous de girofle… Mais mon agacement grandissait face à la lenteur du pas des gens… Et mon humeur tournait à l’aigre! Alors, que j’étais à deux doigts de crier des noms d’oiseaux à la grosse dame en vert fluo devant moi… l’odeur de vanille vint me saisir à nouveau, avec une intensité désarmante…. Et j’entendis du même coup, une petite voix qui me dit : Pourquoi est-ce que tu ne prends pas ton temps? A cet instant je sentis un large sourire se dessiner sur mon visage… Maman… Maman avait cette douce habitude de calmer mon caractère trop impulsif avec …un bâton de vanille…
Depuis combien de temps n’avais-je pas pris de ses nouvelles? Trop pressé par ma vie de fou! Depuis combien de temps n’avais-je pas fourré mon nez dans son cou légèrement ridé au goût de miel? Ma mère fidèle et compréhensive… toujours prête à accueillir mes bobos d’homme débordé! Éternellement disponible et d’une indulgence à mon égard frisant parfois l’indécence!
Des cris me sortirent alors de mes pensées … Devant moi, deux enfants se chicanaient pour savoir qui tiendrait la seule main libre de leur mère… Et je me mis à rire… Un jour que j’exprimais avec mon éternel sale caractère, ma jalousie d’enfant, maman m’avait expliqué avec une douceur infinie, que l’amour d’une mère, ce n’était pas comme un gâteau qu’on partage avec des morceaux plus ou moins gros…et que je n’avais pas à me battre avec mes frères et sœurs pour obtenir la plus grosse part, car elle avait pour chacun d’entre-nous un gâteau d’amour unique… C’est sans doute pour ça que les mères sont les meilleures pâtissières du monde !
Ma mauvaise humeur s’était envolée… En rentrant à la maison, je prendrais tout mon temps pour lui téléphoner… et en attendant, si j’allais m’offrir un bâton de vanille…

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Textes de Sophie Hartung   ©2006 tous droits réservés

 

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