Vous avez dit Grosse…

 Cliquer ici pour entendre ma chronique du 9 juin à l’émission Sans Détour sur la 1ère chaîne de Radio-Canada

Pendant des années, j’ai mis au placard le terme grosse pour me décrire physiquement, préférant jouer avec notre belle langue française… Forte, enrobée, bien en chair, enveloppée, formes généreuses ou ronde, autant de vocables ou de formulations pour éviter le mot grosse, le gros mot!
Pourquoi me direz-vous?… Après tout à la base c’est un terme générique descriptif au même titre que grand, petit, mince ou maigre… Mais voilà, à une époque où la forme paraît bien plus importante que le fond, le gros ou la grosse est un bouc émissaire idéal! Alors allons-y chargeons l’animal… Il peut en prendre, il a le dos large, sans oublier que, s’il est comme il est, c’est bien entendu de sa faute!
Donc en tant que petite grosse, primo, je dois m’écraser et secundo, endosser sans broncher le mépris voire le dégoût que j’inspire!
Qu’à cela ne tienne… Au cours de mes nombreuses tentatives d’allègement pondéral, j’ai décidé de renier ce mot de grosse, devenant sans m’en rendre compte un euphémisme vivant… Au moins à défaut de perdre tous ces monstrueux kilos, je m’allégeais de quelque chose! Donc sans que mon apparence change d’un iota, au placard la grosse, bonjour la ronde!
Parce qu’indéniablement la ronde inspire une certaine tendresse, on la trouve moelleuse voire appétissante comparativement à la grosse, assimilée à une outre flasque, sans volonté, d’une paresse crasse, qui ne bouge pas ses fesses, se gave de gras-trans à longueur de journée devant des téléséries américaines débiles et possédant à n’en pas douter le QI graisseux d’une limace adipeuse!… J’en passe et des meilleurs! On peut comprendre que l’emploi du mot crée alors un malaise des plus pesants…
Et puis un jour, spontanément, la petite grosse en moi s’est réveillée, sortant du placard de honte dans lequel je l’avais enfermée. Elle m’a alors poussée à me poser une simple question : est-ce qu’en refusant d’utiliser le mot grosse, je ne cautionnais pas moi aussi, toute la charge négative et les poncifs avilissants dont il est abondamment nourri?

J’ai donc ouvert mon dictionnaire et après avoir lu la définition du mot gros/grosse : «Qui a des dimensions (volume, épaisseur) importantes…», j’eus soudain l’étrange sensation d’avoir alimenté un mensonge personnel tout en participant à mes dépens aux mensonges d’une société qui en plus d’avoir des difficultés à appeler un chat un chat sous couvert de respect, véhicule une réalité déformée. Sans compter que le diktat des silhouettes brosse à dents alimente très fortement la dérive du mot grosse dont nombre de femmes sont victimes. Mais il y a un monde entre se sentir grosse et être grosse!

Je ne revendique pas le mot grosse, ou le fait de l’être, je le suis… comme je suis très consciente de tous les problèmes qu’un excès de poids important peut engendrer! Mais aujourd’hui, je choisis simplement de remettre ce mot à sa place et de l’assumer… ni plus ni moins pour ce qu’il veut dire et sans mépris! Car il me semble que l’utilisation du mot juste en toute chose est un pas vers davantage de conscience de soi et des autres…
Alors plutôt que de mettre la langue française à la diète en éradiquant le mot grosse, sachons l’utiliser à bon escient et non hors contexte! Et si vous voulez jouer avec le mot grosse, eh bien épluchez-le… A l’intérieur vous y trouverez le mot rose!…

Et au fond, quelle que soit notre forme, lorsqu’on en a gros sur la patate, qu’on a le cœur gros à cause d’un gros chagrin quoi de mieux qu’un gros câlin?…

Je vous invite à lire également deux textes que vous trouverez sur Internet : L’un de Marie-Claude Lortie intitulé : De l’usage du mot grosse et l’autre de Francine Allard : Côtoyer une obèse c’est la pire des déchéances

One thought on “Vous avez dit Grosse…”

  1. Je ne vous connaissais pas avant vos chroniques radio, et sur cet article de la « grosse » si je n’étais derrière un écran d’ordi je vous embrasserais ! Continuer de parler SVP vous me donner le courage de m’assumer moi-même et de commencer à aimer ma vie à presque 40 ans. Merci.

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