Question de foi

Lien audio : Billet du 3 février 2010

La foi est un sujet complexe et surtout très personnel et si mes interrogations sur la question divine me taraudent depuis le jour de ma première communion, j’estime ne pas avoir les compétences pour un débat de haute voltige théologique… Néanmoins, permettez-moi une réflexion, liée à une brève relayée par l’AFP, et qui en toute honnêteté, m’aurait fait avaler mon hostie de travers, si toutefois, je fréquentais encore les messes dominicales…
Peu après l’Épiphanie, un prêtre d’une église de la City de Londres, forteresse financière, s’il en est, a offert à ses ouailles versées dans le boursicotage, un office d’un genre un peu particulier… Sur l’autel entre la croix et le calice, une bonne âme avait savamment disposé des ordinateurs portables et des cellulaires, afin que le prêtre puisse… les bénir… Devant une assistance de golden boy indéniablement branchés et n’ayant foi que dans leurs cellulaires brandis vers les cieux… il a prononcé ces saintes paroles : «Que ces téléphones portables et ces ordinateurs, symboles de la technologie et de la communication dans nos vies de tous les jours, nous rappellent que Tu es un Dieu qui communique. Que nos langues soient gentilles, que nos courriels soient simples et nos sites Web accessibles.» Amen!
Afin de justifier la chose le bon prêtre dit avoir seulement remis au goût du jour une très ancienne tradition qui voulait que soient bénis les outils de travail des paysans… Après la charrue, la faux et la serpette, Seigneur, bénissez donc ces Mac, Blackberry et autres i-phones…
Objets inanimés avez-vous donc une âme se demandait la plume du poète… Yes my dear de lui répondre le curé, par texto interposé, sur son clavier fraîchement béni!
Si l’anecdote peut prêter à sourire, je la trouve terriblement pernicieuse… Car une fois de plus, Dieu a l’échine bien large… Qu’un homme d’Église cherche à ramener ses fidèles au bercail, normal c’est son job! Qu’il soit peut-être un boursicoteur en ligne du dimanche, passe encore, il s’en confessera à son patron! Mais qu’il joue du goupillon au nom d’un Dieu communicateur au cœur d’un temple de la finance, pour attirer les faveurs célestes sur ses paroissiens spéculateurs espérant la hausse de leurs actions dans un lieu dit sacré, m’apparaît comme un épouvantable détournement de valeur! Un détournement de foi! Que cette intelligence artificielle et ses outils nous rendent mille et un services, j’en suis la première convaincue… Mais bien que mes cours de catéchisme soient loin… je trouve dans cette cérémonie… un vague relent de l’histoire du Veau d’Or… Cette forme de glorification divine de la technologie est à mes yeux un signe extérieur de détresse bien plus que de richesse… et surtout n’a rien à voir avec la foi… C’est même une insulte au regard de ceux et celles qui la portent sincèrement en eux…
Peut-être que cette brève ne m’aurait pas valu une ligne, n’aurait pas fait rougir ma plume d’indignation, si je n’avais vu ces images d’un jeune homme que l’on a sorti des décombres 11 jours, après le tremblement de Terre en Haïti et qui dans un extraordinaire élan de vie a exprimé en souriant que jamais il n’avait perdu espoir… jamais il n’avait perdu… la foi! A bon entendeur Salut!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Février 2010-