Gratitude…

Lien audio : Billet du 8 décembre 2009

Au terme d’une année, il est souvent de mise de s’adonner à la pratique du bilan…
Et a priori, l’exercice doit mener à une sorte d’équilibre… Mais sincèrement, le bilan de santé de mon état d’esprit face à cette année qui touche à sa fin est plutôt déficitaire côté positivisme… Entre le H1N1 mutant super star, la récession qui « récessionne », les bouleversements climatiques, le milliard d’être humain qui ne mange pas à sa faim face à l’autre milliard aux artères saturés de gras-trans, les conflits armés et son cortège de morts… Non franchement… le bilan de l’année 2009 m’éloigne de tout sentiment de réjouissance… Je pousserais même le bouchon de ma négativité jusqu’à n’entrevoir dans les fêtes de fin d’année à venir qu’une débauche de quête de superflu, anti-écologique, consumériste et hypocrite à souhait… et par les temps qui courent, je trouve Papa Noel un tantinet irresponsable d’oser sortir son costume des boules à mites… tout en m’étonnant qu’à l’heure du Mangez-sain-faites-du-sport, aucun crétin n’ait encore mis le gros homme en rouge et sa hotte au régime! Bref, sans doute poussée par une douleur persistante aux cervicales et la somme de mes contrariétés du moment, impossible pour moi de voir en cette fin d’année, autre chose que le côté obscur de ce monde, dont Hollywood nous annonce la fin très proche à renfort de films catastrophes qui font exploser le box-office de la bêtise humaine à propos de laquelle Albert Einstein disait : que comme l’univers elle était infinie…
Bêtise humaine… dont bien entendu, dans tout ce marasme je m’excluais… quand en fait j’y baignais jusqu’au cou! Un événement en apparence anodin m’a permis d’en faire l’amer mais salvateur constat! Alors que je rentrais chez moi, pour achever ce billet complaisamment sinistre, une jeune femme en fauteuil roulant sentant mon impatience, m’a cédé le passage sur le trottoir me gratifiant du même coup d’un large sourire… Accrochée à mon humeur de pisse-vinaigre, je l’ai à peine remercié et me suis gardée de lui rendre la pareille… J’entendis alors dans mon dos un : Bonne soirée ! lancé sans jugement et d’une sincérité désarmante… Après avoir pris d’assaut mes escaliers et envoyer valser mon chat qui accueillait trop démonstrativement mon humeur de chien enragé… je fus envahie par un sentiment de honte… Peut-être parce qu’il est plus tendance d’exprimer sa colère, que sa joie, j’avais mis de côté la beauté de la vie pour ne me vautrer que dans la laideur du monde… et je jouais son jeu! Oubliant à quel point je fais partie des privilégiés de cette planète! Amour, famille, amis, travail, toit sur la tête, santé, pain sur la table, j’ai tout cela et même bien plus… Alors que vaut mon esprit critique, quel est le poids de ma conscience soi-disant éclairée, si tout en étant indignée par les injustices et les douleurs de ce monde, je n’ai pas la décence de reconnaître et manifester ma bonne fortune. N’avais-je pas épinglé sur mon babillard : Manifester son bonheur est un devoir, être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible. Albert Jacquard et un sourire venaient de me rappeler que sur le tableau noir de mon bilan annuel j’avais tout simplement oublié d’écrire le mot gratitude…

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Novembre 2009-

La gentillesse

Lien audio : Billet du 10 novembre 2009

Difficile d’ignorer que chaque mois de notre calendrier possède son comptant de journées mondiales décrétées par des organismes, des associations ou encore des groupes de pression de tout poil… En toute honnêteté, le principe de ces journées officielles du tricot, du fromage ou encore de l’hygiène bucco-dentaire attise, c’est selon… mon irritabilité ou mon indifférence. Mais en ce mois de novembre, propice à la grisaille, l’une d’entre elle m’a particulièrement interpellée… A savoir : La journée mondiale de la gentillesse… Je pourrais vous dire que si elle a retenu mon attention, c’est à cause du fait que cette année, cette journée de la gentillesse tombe un vendredi 13! Et donc rajouter avec une pointe de sarcasme : que tous ceux qui ne seront pas gentils avec leurs congénères ce jour-là… risquent de s’attirer le mauvais œil… Que superstition et gentillesse s’acoquinent ensemble le même jour… Quelle amusante ironie du sort! Ironie… le mot est lancé! Car je dois bien avouer, que c’est le premier sentiment que m’inspira le thème de cette ixième journée mondiale! Mais peut-être à cause d’un relent de valeur judéo-chrétienne, de la gentille fille qui sommeille en moi ou de la femme qui se targue de voir plus loin que le bout de son nez… j’ai ressenti le besoin de pousser la réflexion au-delà d’une vile moquerie primaire!
Pourquoi le mot gentillesse qui à l’origine était synonyme de noblesse inspire souvent davantage de persiflage que d’enthousiasme? Peut-on nier que de nos jours, la gentillesse, au même titre que les dessous de nos grand-mères, a quelque chose de terriblement démodé et qu’on lui préfère de beaucoup le cynisme, drapé d’arrogance et d’insolence qui passe pour de l’intelligence?
Sommes-nous les acteurs ou les victimes de cette dérive qui consiste à considérer suspect le moindre petit acte de gentillesse, persuadés que cela cache des intentions douteuses… Il faut dire qu’à voir ou entendre ce qui s’affiche dans nos journaux, sur nos écrans plasma ou pire sur Internet… Force est de constater que la gentillesse, n’a pas beaucoup d’alliés officiels et n’est pas un sujet des plus vendeurs …
Sans compter que lorsqu’elle n’est pas considérée comme complaisante, elle passe pour de la faiblesse voire de la bêtise! Le doux euphémisme : C’est une gentille fille ou il est bien gentil… en dit long sur ce que nous pensons de la gentillesse… Alors est-ce à dire que pour éviter de passer pour un con, il vaut mieux cuisiner sa vie, à base de vacherie et d’animosité… plutôt qu’avec de la bienveillance et de la bonté…
Au fond, je me demande si la peur d’oser la gentillesse, tout au moins en public, n’est pas devenue une sorte de virus pire que le H1 N1, mais dont on parle beaucoup moins! On l’inocule donc à petites doses et sous le manteau…
Et pourtant… La gentillesse, d’après certains scientifiques, vaudrait bien des antidépresseurs et je ne parle pas d’un fac-similé de gentillesse, sirupeux, travesti et dégoulinant de faux vrais bons sentiments mais de cet acte gratuit qui n’attend rien en retour comme dirait ce bon Confucius. Mais comme aujourd’hui la confusion est plutôt de mise… et que tout se doit de rapporter, je crains que le pire ennemi de la gentillesse ne soit la gentillesse elle-même… tout simplement à cause de sa gratuité!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Octobre 2009-