Coach de vie…

Lien audio : Billet du 13 octobre 2009

Comme bon nombre de gens qui possèdent une adresse électronique, ma boîte de réception se voit régulièrement agressée par toutes sortes de messages, qui par je ne sais quel tour de passe-passe se faufilent au travers des mailles de mon anti-virus, et autres pare-feux… Entre les prières qui me promettent une vie pavée d’emmerdements si je n’en fais pas bénéficier mon prochain ou les gains mirobolants dont je suis l’heureuse bénéficiaire dans un pays dont j’ignore même le nom, depuis la rentrée, je reçois de façon intempestive des messages qui me proposent de régler tous mes problèmes. Personnels, financiers, familiaux, professionnels, physiques, spirituels et j’en passe… Des messages qui m’offrent de combattre l’auto-sabotage qu’évidemment je pratique sans le savoir… qui m’invitent à découvrir  les mille et uns  moyens de maîtriser mon existence que bien sûr je subis outrageusement… bref, de faire fructifier mon extraordinaire potentiel d’être humain dont j’ignore quasiment tout! Après le curé et son confessionnal, le psy et son divan… voilà donc une nouvelle race de sauveurs : le coach de vie et ses recettes miracles!

Eh bien je l’avoue le terme me fascine!… J’ignorais que la vie dans sa complexité, sa vastitude et son mouvement perpétuel pouvait être en bon français : coachée! D’autre part, à moins qu’il ne se prenne pour Dieu…ce que je n’ose penser… Je me demande comment un seul et même individu peut prétendre régler l’ensemble de mes petites et grosses misères… A priori, si je m’adresse à un dermatologue pour soigner une carie, il y a fort à parier que je vais m’offrir une bonne rage de dents! Et oui je le confesse quand je désire un bon pain au levain, je ne vais pas chez mon boucher… Je vous l’accorde, il existe bon nombre de supermarchés dans lesquels on trouve de tout… et de tout, on en trouve chez le coach de vie qui se respecte : Un brin de psychologie, une pincée de philosophie, un doigt d’humour, une cuillère à thé de pseudo-spiritualité, une louche de nutrition, une bonne dose d’exercices physiques… le tout saupoudré de poncifs du genre : Mais n’oubliez jamais que vous possédez en vous toutes les réponses!  

Eh oui… Au nom du bonheur, de la performance ou de cette quête sacrée de la fameuse estime de soi, n’importe qui peut donc faire n’importe quoi avec une prétention que je trouve déplacée, à commencer par l’utilisation du terme coach de vie! Car à mes yeux un véritable professionnel capable d’aider ses frères humains possède avant tout, l’humilité de connaître ses limites.

Et comme dirait l’autre : c’est parce que je doute, que je suis à même de remettre en cause le bien-fondé de la démarche de ces nouveaux apôtres du : j’ai-la-solution-à-tous-vos-problèmes… Et qu’on ne me parle d’altruisme… car j’ai beau être une brebis égarée dans ce monde qui ne l’est pas moins, j’ai encore suffisamment foi en la vie pour éviter qu’on me prenne pour une courge!

Ceci étant dit, bien au-delà de l’individu, le concept coach de vie est sans conteste le pur produit d’une société nombriliste, qui à force de se créer des besoins, se noie dans ses insatisfactions et qui, sous le fallacieux prétexte d’obtenir des réponses sur tout et n’importe quoi, oublie essentiellement, de se poser les bonnes questions!

 

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Octobre 2009-