Tout est relatif…

 Lien audio : Billet du 15 septembre 2009

Il y a des matins, où rien ne va, où dès le réveil, la fée Mauvais poil s’invite sans prévenir et trouve un malin plaisir à pourrir le début de votre journée en semant ça et là de perfides petites embûches… Comme par exemple se prendre les pieds dans le bol du chat qui vous décoche au passage un bon coup de griffe, car, pour éviter de vous encastrer dans le frigo, vous lui avez malencontreusement écrasé la queue. Évidemment le sort s’acharne, la poignée du placard de toute vos convoitises vous reste dans la main… celui qui renferme la boîte de café… qui s’avère être bien entendu désespérément vide… après une nuit écourtée par une croisade menée à coup d’oreiller contre un escadron de moustiques vrombissant en mal de chair fraîche… C’est en résumé le début de journée que je me suis offert récemment et qui ne m’incitait qu’à une chose, me recoucher… Mais voilà,  j’avais un texte à pondre… Heureusement le Dieu Dépanneur allait me sortir de cet enfer… Mais l’implacable logique d’une journée-galère colle à la peau comme une gomme sous une semelle : Fermé le dépanneur! A deux doigts de l’ulcère, je dus me résoudre à une marche forcée pour obtenir ma dose de caféine salvatrice… Ruminant mon infortune, je fus alors bousculée par une horde d’enfants, excités par le son suraigu d’une cloche qui n’en finissait pas de manifester sa joie en ce jour de rentrée des classes… Mais bien que mijotant dans ma poisseuse mauvaise humeur, je remarquais à quelques mètres du peloton vociférant qui s’engouffrait dans la cour, une fillette d’une dizaine d’année, qui traînait les pieds et que visiblement son père tentait de rassurer… Tant bien que mal, elle finit par franchir d’un pas de forçat résigné les grilles de l’école, en traînant tel un boulet,  son sac d’écolière…  Comme soudain mes déboires matinaux m’apparurent lilliputiens face à ce qu’elle vivait, visiblement, comme un parcours du combattant… En la regardant s’éloigner, je réalisais mon bonheur de ne plus avoir à affronter le système scolaire… Ah! Ne plus avoir à vivre ce stress de la quête absurde de ce graal qui s’appelle bonne note. Ne plus avoir à subir le gavage d’un programme imposé qui mène à une «écoeurantite» aigue et omet la distinction fondamentale qu’il y a entre connaissance et savoir… Oh quel pied de ne plus craindre le bulletin scolaire, ce morceau de papier qui vous réduit à un label de qualité : bon élève, mauvais, ou pire… moyen! Et dire que l’école pourrait être un lieu extraordinaire pour apprendre et se construire, si elle n’était le berceau de cette gorgone appelée compétition… Mais ça c’est un autre combat…                  
Ceci dit ma journée venait de changer de couleur, j’éprouvais soudain une délicieuse sensation de liberté… et tout en ayant une pensée pleine de tendresse pour cette fillette, ma mémoire reconnaissante se dirigea vers le souvenir de monsieur Lajoie, cet extraordinaire professeur de français qui bien plus que des connaissances m’avait transmis : l’envie… Celle de m’abreuver à toutes les sources pour mieux développer la mienne… Devant mon café, la fée Création évinça d’un revers de plume la fée Mauvais poil…  en me rappelant au passage qu’à l’école de la vie on apprend souvent… que tout est relatif!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Septembre 2009-