Désir et formes généreuses…

Cliquer ici pour entendre ma chronique du 23 juin à l’émission Sans Détour sur la 1ère chaîne de Radio-Canada

Grande, rousse, longiligne… de longs cheveux bouclés tombant en cascade sur une chute de rein délicieusement cambrée… quelques taches de rousseur parsemées sur une peau légèrement hâlée… un grain de beauté placé harmonieusement sous le sein gauche… Ah mes seins !… petits mais fermes à l’image de deux poires bien dures aux mamelons joyeusement dressés, un ventre plus plat qu’une limande et des cuisses galbées à souhait sans l’once d’un bourrelet disgracieux…

Avec de telles formes, comment ne pas faire grimper aux rideaux l’homme avec qui je converse sur Internet depuis quelques jours? Bien sûr ma réalité anatomique collerait davantage à la plastique de la Vénus de Willendorf qu’à celle de Botticelli… Mais lassée de n’être qu’un visage plein de charmes, la petite rigolote de service ou la super-bonne-meilleure copine priée de garder pour elle ses désirs ou autres pulsions érotiques, je l’avoue, j’ai craqué! Alors le temps d’une conversation sur une messagerie de rencontres, je me suis auto-fantasmée, bien à l’abri derrière un écran à défaut de me dissimuler sous mes formes dites généreuses! Grossière erreur! Car contre toute attente, cela n’eût pas l’effet escompté!… Mon partenaire de cyber-conversation m’avait imaginée telle que je suis réellement et me désirait ainsi! Était-il pour autant un Fat Admirer, ce genre d’homme considéré par notre société 0%, comme un déviant sexuel pour oser exprimer son attirance pour des donzelles ou autres femmes plus que grassouillettes?! Quelle importance au fond?…Il me renvoyait à mon propre piège. Moi aussi, je vivais sous le joug d’une croyance que tous les pores de ma peau avaient avalé, ingurgité et finalement intégré : désir, sexualité et érotisme ne rimaient pas avec petite grosse! Mais croyance n’est pas vérité! Merci bel internaute de me l’avoir rondement rappelé!

A propos…

Je suis la voluptueuse, la joufflue, la plantureuse
La Vénus charnue à la fesse généreuse
Mon sein est opulent, mais des plus confortables
Et ma cuisse dodue a le bourrelet affable
Bien sûr je ne nie pas, il faut du temps pour m’effeuiller
Mais comme dit le dit l’adage, mieux vaut faire envie que pitié!
Mon embonpoint est homogène, entendez par là : bien réparti…
Est-ce pour autant uniquement ce qui me définit?…
En tout cas… Voici pour la forme… ou les formes…
Pour le fond… Suivez les Chroniques de Sophie…

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Magasinage ou croisade?

Cliquer ici pour entendre ma chronique du 16 juin à l’émission Sans Détour sur la 1ère chaîne de Radio-Canada

Si pour bon nombre de femmes le magasinage est un plaisir… un délice voire une suprême excitation… Pour moi cela s’apparente depuis toujours à un chemin de croix! Une véritable croisade…
Pour la petite grosse que je suis qui pratique d’année en année, mais avec assiduité, un sport appelé le yoyo… (Sport de va-et-vient mais qui n’a rien d’érotique!)… que l’on pourrait aussi nommer : la valse des kilos, il est des plus difficiles de se composer une garde-robe sympa à petits prix! Avoir le sein opulent ou le bourrelet généreux coûte la peau des fesses! Malheureusement mon budget n’a pas le reflet de mes formes… Dois-je alors me contenter d’avoir l’air d’une tapisserie de salon anglais ringard ou d’une grosse veuve noire sous prétexte que le noir amincit! J’en porte depuis 20 ans et ceci dit cela ne m’a jamais fait perdre un gramme!!! Sans compter la joie feinte d’affronter le regard des vendeuses ou même de certaines clientes… qui oscillent entre condescendance ou fausse compassion sirupeuse!
Mais voilà, l’été pointant le bout de ses rayons, après avoir extirpé des boules à mites ma sempiternelle garde-robe estivale un tantinet fatiguée, je dus me rendre à l’évidence que je n’échapperais pas à la torture d’une journée de magasinage… Après avoir remisé mon gros manteau d’hiver, non sans une larme, car on dira ce qu’on voudra mais le Kanuk comparativement au maillot de bain confère une certaine égalité face aux différentes morphologies, j’entrepris donc de me préparer psychologiquement à ladite journée!
Et comme de bien entendu, je passais par toute la gamme des émotions vécues des centaines de fois… Entre vêtements trop chers, trop étroits, trop mémères ou encore affreusement bariolés… Trois bonnes heures de transpiration plus tard, alors que je sentais poindre un état de déprime de plus en plus latent, mon dépit et la chaleur me poussèrent dans un grand magasin climatisé! C’est alors qu’en essayant dans une cabine glacée un ixième top de couleur vert amande, le drame se produisit! Me rappelant l’inéluctable rotondité de mes formes, un de mes petits bourrelets eut l’idée charmante de se coincer dans la fermeture éclair! Fermeture que j’avais actionnée, il faut dire, avec un agacement dénué de toute délicatesse… Mes cris de détresse firent alors intervenir une préposée aux cabines, plus préoccupée par le sort du large top vert amande que par ma peau ensanglantée! Mais il faut croire que de temps à autre il y a un Dieu pour les petites grosses… Une chef de rayon passait par là et avec poigne me libéra du vêtement mangeur de chair et de l’agressivité d’une préposée en mal d’humiliation! Contre toute attente, elle refusa même que je paye le top devenu lambeaux et avec une compassion infinie et sincère m’apprit que je pouvais mettre un terme à mon calvaire! En effet, depuis moins d’un an dans l’Est de Montréal, une boutique-friperie pour les rondes, les joufflues, les obèses avait vu le jour!
Un brin sceptique, mais dans l’espoir d’achever cette journée avec légèreté, je me rendis donc chez Taillissimo… J’y fus accueillie, non pas comme une reine, mais tout simplement comme une cliente, que l’on conseille et que l’on respecte…
Je dois bien avouer que pour la première fois de ma vie, j’ai éprouvé un quasi orgasme en passant deux heures dans une boutique! Et sur le chemin du retour, chargée de mes trésors vestimentaires trouvés à petits prix, je me sentais femme tout simplement!

Pour en savoir plus sur : Taillissimo, boutique-friperie qui célèbre la femme sous toutes ses formes

Lien vers une page conseil du site Vive les rondes : Comment m’habiller

 

Vous avez dit Grosse…

 Cliquer ici pour entendre ma chronique du 9 juin à l’émission Sans Détour sur la 1ère chaîne de Radio-Canada

Pendant des années, j’ai mis au placard le terme grosse pour me décrire physiquement, préférant jouer avec notre belle langue française… Forte, enrobée, bien en chair, enveloppée, formes généreuses ou ronde, autant de vocables ou de formulations pour éviter le mot grosse, le gros mot!
Pourquoi me direz-vous?… Après tout à la base c’est un terme générique descriptif au même titre que grand, petit, mince ou maigre… Mais voilà, à une époque où la forme paraît bien plus importante que le fond, le gros ou la grosse est un bouc émissaire idéal! Alors allons-y chargeons l’animal… Il peut en prendre, il a le dos large, sans oublier que, s’il est comme il est, c’est bien entendu de sa faute!
Donc en tant que petite grosse, primo, je dois m’écraser et secundo, endosser sans broncher le mépris voire le dégoût que j’inspire!
Qu’à cela ne tienne… Au cours de mes nombreuses tentatives d’allègement pondéral, j’ai décidé de renier ce mot de grosse, devenant sans m’en rendre compte un euphémisme vivant… Au moins à défaut de perdre tous ces monstrueux kilos, je m’allégeais de quelque chose! Donc sans que mon apparence change d’un iota, au placard la grosse, bonjour la ronde!
Parce qu’indéniablement la ronde inspire une certaine tendresse, on la trouve moelleuse voire appétissante comparativement à la grosse, assimilée à une outre flasque, sans volonté, d’une paresse crasse, qui ne bouge pas ses fesses, se gave de gras-trans à longueur de journée devant des téléséries américaines débiles et possédant à n’en pas douter le QI graisseux d’une limace adipeuse!… J’en passe et des meilleurs! On peut comprendre que l’emploi du mot crée alors un malaise des plus pesants…
Et puis un jour, spontanément, la petite grosse en moi s’est réveillée, sortant du placard de honte dans lequel je l’avais enfermée. Elle m’a alors poussée à me poser une simple question : est-ce qu’en refusant d’utiliser le mot grosse, je ne cautionnais pas moi aussi, toute la charge négative et les poncifs avilissants dont il est abondamment nourri?

J’ai donc ouvert mon dictionnaire et après avoir lu la définition du mot gros/grosse : «Qui a des dimensions (volume, épaisseur) importantes…», j’eus soudain l’étrange sensation d’avoir alimenté un mensonge personnel tout en participant à mes dépens aux mensonges d’une société qui en plus d’avoir des difficultés à appeler un chat un chat sous couvert de respect, véhicule une réalité déformée. Sans compter que le diktat des silhouettes brosse à dents alimente très fortement la dérive du mot grosse dont nombre de femmes sont victimes. Mais il y a un monde entre se sentir grosse et être grosse!

Je ne revendique pas le mot grosse, ou le fait de l’être, je le suis… comme je suis très consciente de tous les problèmes qu’un excès de poids important peut engendrer! Mais aujourd’hui, je choisis simplement de remettre ce mot à sa place et de l’assumer… ni plus ni moins pour ce qu’il veut dire et sans mépris! Car il me semble que l’utilisation du mot juste en toute chose est un pas vers davantage de conscience de soi et des autres…
Alors plutôt que de mettre la langue française à la diète en éradiquant le mot grosse, sachons l’utiliser à bon escient et non hors contexte! Et si vous voulez jouer avec le mot grosse, eh bien épluchez-le… A l’intérieur vous y trouverez le mot rose!…

Et au fond, quelle que soit notre forme, lorsqu’on en a gros sur la patate, qu’on a le cœur gros à cause d’un gros chagrin quoi de mieux qu’un gros câlin?…

Je vous invite à lire également deux textes que vous trouverez sur Internet : L’un de Marie-Claude Lortie intitulé : De l’usage du mot grosse et l’autre de Francine Allard : Côtoyer une obèse c’est la pire des déchéances

Kilos portent plainte!

En octobre dernier, alors que je prenais tranquillement mon petit-déjeuner en compagnie des quatre groupes alimentaires recommandés par le guide alimentaire canadien et que nous discutions calories et autres gras-trans avec monsieur Lipides, monsieur Glucide ou encore mademoiselle Protéines, ma sonnette retentit! D’humeur légère, j’ouvre la porte à un charmant préposé de Postes Canada qui me tend une lettre recommandée. À mon grand étonnement l’enveloppe provenait d’un cabinet d’avocats.
Je suis pourtant à jour dans mes comptes, je ne dois rien au gouvernement, j’ai des rapports très courtois avec mes voisins… A l’évidence ce ne peut qu’être une grossière et lourde erreur… J’ouvre la lettre au contenu des plus denses… . AHHH! OHHH! HIII! M’écriais-je alors en découvrant l’objet de la missive :
Le cabinet Boucher, Dodu, Fatbelly et Associés m’avisait dans des termes on ne peut plus explicites d’un recours collectif déposé contre ma personne pour séparation abusive par… 35 de mes kilos!!!
Il faut dire que le jour de mon anniversaire, j’avais annoncé à un certain nombre de mes kilos mon intention de me séparer d’eux. Une séparation que j’envisageais sans violence, en leur expliquant que cela se fairait en douceur, petit à petit, qu’on allait prendre le temps… Et dans ma tête il était très clair que la rupture allait se faire à l’amiable… Mais visiblement dans la tête uni-cellulaire de mes kilos ce n’était pas le cas… Visiblement ils ne digéraient pas le changement de régime!

Jointe à la plainte, une lettre de mes kilos m’exposait leur incompréhension et leurs griefs comme suit:

Notre chère grosse poupoune,

Comment peux-tu nous faire une chose pareille?…Nous vivons très étroitement ensemble depuis plus de 20 ans, nous avons développé au fil du temps une complicité adipeuse des plus chaleureuses, nous avons toujours eu l’esprit très large et ta demande intempestive de séparation nous blesse profondément, nous nous sentons diminués…
Comment peux-tu oublier tout ce que nous avons fait pour toi…
Dès ton adolescence nous t’avons protégé contre les regards lubriques et lors de tes examens nous t’avons toujours soutenu physiquement…
A chacune de tes déceptions sentimentales nous étions là fidèles au poste toujours prêts à faire appel à des renforts pour te soutenir encore et encore!
En soirée lorsque tu rentres dans une pièce en notre chaleureuse compagnie, tu ne passes jamais inaperçue. Notre humour est truculent et nous sommes la générosité incarnée… Sans compter toutes les économies que nous t’avons fait faire… Vestimentaires, en t’empêchant de devenir une fashion victim, énergétiques et écologiques car tu ne peux nier notre protection thermique des plus naturelles… Et nous avons toujours fait corps en t’entourant jour après jour d’un amour dodu et consistant au cœur de tes grands moments de solitude…
Nous vivions dans une harmonie pleine de grâce et maintenant tu veux briser ce bonheur abondamment nourri année après année?…
Sois raisonnable, tu t’es toujours accommodée de notre plantureuse présence et qui plus est, refuser de continuer à nous héberger en décidant arbitrairement de nous faire fondre en plein hiver est à la fois immoral et antisocial!
Et souviens-toi! A chaque fois que tu as tenté de nous quitter… Nous revenions toujours et souvent en plus grand nombre… Alors réfléchis bien avant de faire n’importe quoi!

Nous t’embrassons copieusement!
Tes kilos

Post-scriptum : Nous t’avisons que si tu poursuis ta démarche, nous nous verrons dans l’obligation d’exiger de ta part une grosse pension alimentaire!

Ma foi, j’ai trouvé ça des plus gonflés… Et depuis j’envisage sérieusement une thérapie de groupe!

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