Le pouvoir des mots…

Aussi loin que remonte ma mémoire, j’ai toujours aimé les mots…Tous les mots… Les petits, les longs, les majestueux comme les disgracieux… Ceux dont on mélange le sexe, sans compter ceux qui possèdent les deux! Les mots qui ne déclinent pas d’emblée leur identité, les triviaux, les doux, les gutturaux, les élitistes ou les mots avec ou sans chapeaux… Et chaque fois que je rencontre un mot nouveau, je me sens plus riche d’un trésor dont personne ne peut me déposséder. Car c’est une richesse que de pouvoir choisir dans la garde robe de son vocabulaire, les mots qui permettent d’habiller une pensée, une idée ou une émotion. Mais ce serait mentir de dire que ma passion pour les mots était innée. Si j’ai pu la développer, c’est que dès mon enfance, j’ai eu le privilège d’être entourée de personnes qui ont éveillé ma curiosité. Éveiller la curiosité, voilà bien le défi qui m’attendait en cette après-midi imprévue de janvier, passée auprès d’une fillette de 8 ans. Une petite terreur au caractère bien trempé, aux dires de sa mère, qui lorsqu’elle me la déposa, en coup de vent, me tendit une pile de DVD, m’invitant à l’installer devant la télé afin qu’elle ne me dérange pas. Mais mon lecteur DVD avait rendu l’âme la veille. Je proposais donc à la fillette de faire quelques dessins, le temps pour moi de boucler un texte, avant que de jouer avec elle. Stupéfaite que je ne possède pas de console de jeux vidéo, dans un geste de dépit, elle prit les crayons de couleur que je lui tendis et en maugréant s’installa pour dessiner. Assise à mon ordinateur, je l’entendais soupirer avec insistance… Au bout de 15 minutes, n’y tenant plus, elle se leva et me demanda quand elle pourrait avoir accès à l’ordinateur, seul jeu digne d’intérêt à ses yeux, au cœur de cette après-midi, qu’elle envisageait comme un supplice… Puis soudain elle dit : c’est quoi tous ces gros livres sur ton bureau, c’est quoi en fait ton travail ?… Mon travail : c’est de jouer avec les mots… Je vis alors dans son regard s’allumer une lueur dont je me saisis immédiatement… Ah! On pouvait jouer avec des mots?… Mais comment? Je lui offris alors d’ouvrir à la page de son choix un des gros livres qui l’intriguait et de lire à haute voix le premier mot qu’elle y trouverait… Es- per-lu-ette… Elle répéta le mot en riant et me dit : C’est quoi ça esperluette? A ton avis ? Elle leva les yeux au ciel comme pour mieux réfléchir puis me lança : ça doit être genre un animal bizarre qui ressemble à une chouette sans plumes, avec une langue de serpent!… C’est ainsi que durant toute l’après-midi, nous jouâmes avec les mots, leur inventant une histoire… Nous réécrivîmes le dictionnaire, boîte à surprises! Et parfois au hasard des mots, elle en choisissait un qui lui plaisait plus que les autres et décidait de l’ajouter fièrement à son vocabulaire, bonne définition à la clef… Et le soir quand elle repartit la main dans celle de sa mère, je l’entendis lui dire : Tu sais maman, en rentrant à la maison je vais t’apprendre un super jeu!
N’est-ce pas ce qu’on appelle le pouvoir des mots?…

© 2011 -Sophie Hartung- tous droits réservés 

Question de foi

Lien audio : Billet du 3 février 2010

La foi est un sujet complexe et surtout très personnel et si mes interrogations sur la question divine me taraudent depuis le jour de ma première communion, j’estime ne pas avoir les compétences pour un débat de haute voltige théologique… Néanmoins, permettez-moi une réflexion, liée à une brève relayée par l’AFP, et qui en toute honnêteté, m’aurait fait avaler mon hostie de travers, si toutefois, je fréquentais encore les messes dominicales…
Peu après l’Épiphanie, un prêtre d’une église de la City de Londres, forteresse financière, s’il en est, a offert à ses ouailles versées dans le boursicotage, un office d’un genre un peu particulier… Sur l’autel entre la croix et le calice, une bonne âme avait savamment disposé des ordinateurs portables et des cellulaires, afin que le prêtre puisse… les bénir… Devant une assistance de golden boy indéniablement branchés et n’ayant foi que dans leurs cellulaires brandis vers les cieux… il a prononcé ces saintes paroles : «Que ces téléphones portables et ces ordinateurs, symboles de la technologie et de la communication dans nos vies de tous les jours, nous rappellent que Tu es un Dieu qui communique. Que nos langues soient gentilles, que nos courriels soient simples et nos sites Web accessibles.» Amen!
Afin de justifier la chose le bon prêtre dit avoir seulement remis au goût du jour une très ancienne tradition qui voulait que soient bénis les outils de travail des paysans… Après la charrue, la faux et la serpette, Seigneur, bénissez donc ces Mac, Blackberry et autres i-phones…
Objets inanimés avez-vous donc une âme se demandait la plume du poète… Yes my dear de lui répondre le curé, par texto interposé, sur son clavier fraîchement béni!
Si l’anecdote peut prêter à sourire, je la trouve terriblement pernicieuse… Car une fois de plus, Dieu a l’échine bien large… Qu’un homme d’Église cherche à ramener ses fidèles au bercail, normal c’est son job! Qu’il soit peut-être un boursicoteur en ligne du dimanche, passe encore, il s’en confessera à son patron! Mais qu’il joue du goupillon au nom d’un Dieu communicateur au cœur d’un temple de la finance, pour attirer les faveurs célestes sur ses paroissiens spéculateurs espérant la hausse de leurs actions dans un lieu dit sacré, m’apparaît comme un épouvantable détournement de valeur! Un détournement de foi! Que cette intelligence artificielle et ses outils nous rendent mille et un services, j’en suis la première convaincue… Mais bien que mes cours de catéchisme soient loin… je trouve dans cette cérémonie… un vague relent de l’histoire du Veau d’Or… Cette forme de glorification divine de la technologie est à mes yeux un signe extérieur de détresse bien plus que de richesse… et surtout n’a rien à voir avec la foi… C’est même une insulte au regard de ceux et celles qui la portent sincèrement en eux…
Peut-être que cette brève ne m’aurait pas valu une ligne, n’aurait pas fait rougir ma plume d’indignation, si je n’avais vu ces images d’un jeune homme que l’on a sorti des décombres 11 jours, après le tremblement de Terre en Haïti et qui dans un extraordinaire élan de vie a exprimé en souriant que jamais il n’avait perdu espoir… jamais il n’avait perdu… la foi! A bon entendeur Salut!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Février 2010-

Les bonnes résolutions…

Lien audio : Billet du 6 janvier 2010

Alors que le 21ème siècle vient de fêter ses 10 ans, il poursuit son inexorable croissance, avide de toujours plus d’évolution technologique qui transforme pour le meilleur comme pour le pire nos modes de vie, reléguant à l’état de souvenir certaines de nos traditions… Comme la bonne vieille carte de vœux sur papier glacée que je recevais via le facteur et que mon enfance ouvrait goulument, espérant trouver en son centre un petit billet de banque que ma mère-grand y avait glissé, accompagné de ses mots tendrement calligraphiés… Mais d’année en année ma boîte aux lettres ressemble de moins en moins à une boîte aux trésors et les cartes de vœux voyagent désormais sur l’autoroute du Net, sonores et animées!… Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est différent! Mais je constate à quel point les avancées de tous ordre secouent de plus en plus ma mémoire affective et me font mesurer combien le temps passe… Eh oui, je ne renie pas une certaine nostalgie quand elle n’est que passagère et s’attarde juste le temps d’un soupir…
Et en parlant de soupir… j’avoue en avoir poussé un gros, lorsque parmi les cartes de vœux virtuelles reçues, j’avisais celle d’une amie qui m’invitait à commencer l’année en beauté. Elle m’offrait de faire comme elle… A savoir cliquer sur le lien truc much bidule bonnes résolutions point quelque chose et afficher en ligne aux yeux de la planète entière la liste de mes bonnes résolutions pour 2010 afin de m’engager de mois en mois à les tenir sous peine de pénalités douteuses! Vous allez me dire : en voilà une, tradition qui perdure : les fameuses bonnes résolutions de début d’année! Celles que l’on fait en famille ou entre amis grisé par les bulles de champagne ou encore l’air hagard, le 1er janvier, avec pour seuls témoins une bouteille d’eau gazeuse et deux aspirines! Si j’ai une certaine tendresse pour ces résolutions prises dans l’intimité euphorique d’une année toute neuve à conquérir, car elles témoignent à la fois de mon désir sincère de me bonifier tout en me rappelant ma délicieuse imperfection humaine, puisque je n’en tiendrais aucune, je ne vois pas l’intérêt d’en étaler l’inventaire sur la toile! Alors si un certain nombre de mes contemporains éprouvent le besoin d’y répandre leurs projets d’amaigrissement, de se mettre au bikram yoga, de mieux s’occuper de Tante Ginette, d’apprendre le macramé ou le mandarin, pour se rassurer…tout en espérant l’échec du voisin… pour minimiser le leur… Je refuse que ce soit à mes dépens! Non! Je ne contribuerais pas à l’engraissement de la montagne d’inconsistance qui sévit sur le web!
En revanche, je trouverais ludique et très audacieux de la part de nos élus de tout poil, qui pratiquent l’art de la résolution politique à tout bout de champ… d’afficher sur le site de leurs partis respectifs au côté de leurs vœux annuels, la liste de leurs bonnes résolutions concernant leur mandat et de se voir infliger quelques gages, du type port d’un bonnet d’âne ou d’un nez de clown pour chaque engagement non tenu! Un peu d’humour dans tous les parlements de ce monde… voilà une résolution qui serait bonne! Après tout l’année est jeune et tous les espoirs sont permis! N’est-il pas? Bonne année!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Janvier 2010-

Gratitude…

Lien audio : Billet du 8 décembre 2009

Au terme d’une année, il est souvent de mise de s’adonner à la pratique du bilan…
Et a priori, l’exercice doit mener à une sorte d’équilibre… Mais sincèrement, le bilan de santé de mon état d’esprit face à cette année qui touche à sa fin est plutôt déficitaire côté positivisme… Entre le H1N1 mutant super star, la récession qui « récessionne », les bouleversements climatiques, le milliard d’être humain qui ne mange pas à sa faim face à l’autre milliard aux artères saturés de gras-trans, les conflits armés et son cortège de morts… Non franchement… le bilan de l’année 2009 m’éloigne de tout sentiment de réjouissance… Je pousserais même le bouchon de ma négativité jusqu’à n’entrevoir dans les fêtes de fin d’année à venir qu’une débauche de quête de superflu, anti-écologique, consumériste et hypocrite à souhait… et par les temps qui courent, je trouve Papa Noel un tantinet irresponsable d’oser sortir son costume des boules à mites… tout en m’étonnant qu’à l’heure du Mangez-sain-faites-du-sport, aucun crétin n’ait encore mis le gros homme en rouge et sa hotte au régime! Bref, sans doute poussée par une douleur persistante aux cervicales et la somme de mes contrariétés du moment, impossible pour moi de voir en cette fin d’année, autre chose que le côté obscur de ce monde, dont Hollywood nous annonce la fin très proche à renfort de films catastrophes qui font exploser le box-office de la bêtise humaine à propos de laquelle Albert Einstein disait : que comme l’univers elle était infinie…
Bêtise humaine… dont bien entendu, dans tout ce marasme je m’excluais… quand en fait j’y baignais jusqu’au cou! Un événement en apparence anodin m’a permis d’en faire l’amer mais salvateur constat! Alors que je rentrais chez moi, pour achever ce billet complaisamment sinistre, une jeune femme en fauteuil roulant sentant mon impatience, m’a cédé le passage sur le trottoir me gratifiant du même coup d’un large sourire… Accrochée à mon humeur de pisse-vinaigre, je l’ai à peine remercié et me suis gardée de lui rendre la pareille… J’entendis alors dans mon dos un : Bonne soirée ! lancé sans jugement et d’une sincérité désarmante… Après avoir pris d’assaut mes escaliers et envoyer valser mon chat qui accueillait trop démonstrativement mon humeur de chien enragé… je fus envahie par un sentiment de honte… Peut-être parce qu’il est plus tendance d’exprimer sa colère, que sa joie, j’avais mis de côté la beauté de la vie pour ne me vautrer que dans la laideur du monde… et je jouais son jeu! Oubliant à quel point je fais partie des privilégiés de cette planète! Amour, famille, amis, travail, toit sur la tête, santé, pain sur la table, j’ai tout cela et même bien plus… Alors que vaut mon esprit critique, quel est le poids de ma conscience soi-disant éclairée, si tout en étant indignée par les injustices et les douleurs de ce monde, je n’ai pas la décence de reconnaître et manifester ma bonne fortune. N’avais-je pas épinglé sur mon babillard : Manifester son bonheur est un devoir, être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible. Albert Jacquard et un sourire venaient de me rappeler que sur le tableau noir de mon bilan annuel j’avais tout simplement oublié d’écrire le mot gratitude…

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Novembre 2009-

La gentillesse

Lien audio : Billet du 10 novembre 2009

Difficile d’ignorer que chaque mois de notre calendrier possède son comptant de journées mondiales décrétées par des organismes, des associations ou encore des groupes de pression de tout poil… En toute honnêteté, le principe de ces journées officielles du tricot, du fromage ou encore de l’hygiène bucco-dentaire attise, c’est selon… mon irritabilité ou mon indifférence. Mais en ce mois de novembre, propice à la grisaille, l’une d’entre elle m’a particulièrement interpellée… A savoir : La journée mondiale de la gentillesse… Je pourrais vous dire que si elle a retenu mon attention, c’est à cause du fait que cette année, cette journée de la gentillesse tombe un vendredi 13! Et donc rajouter avec une pointe de sarcasme : que tous ceux qui ne seront pas gentils avec leurs congénères ce jour-là… risquent de s’attirer le mauvais œil… Que superstition et gentillesse s’acoquinent ensemble le même jour… Quelle amusante ironie du sort! Ironie… le mot est lancé! Car je dois bien avouer, que c’est le premier sentiment que m’inspira le thème de cette ixième journée mondiale! Mais peut-être à cause d’un relent de valeur judéo-chrétienne, de la gentille fille qui sommeille en moi ou de la femme qui se targue de voir plus loin que le bout de son nez… j’ai ressenti le besoin de pousser la réflexion au-delà d’une vile moquerie primaire!
Pourquoi le mot gentillesse qui à l’origine était synonyme de noblesse inspire souvent davantage de persiflage que d’enthousiasme? Peut-on nier que de nos jours, la gentillesse, au même titre que les dessous de nos grand-mères, a quelque chose de terriblement démodé et qu’on lui préfère de beaucoup le cynisme, drapé d’arrogance et d’insolence qui passe pour de l’intelligence?
Sommes-nous les acteurs ou les victimes de cette dérive qui consiste à considérer suspect le moindre petit acte de gentillesse, persuadés que cela cache des intentions douteuses… Il faut dire qu’à voir ou entendre ce qui s’affiche dans nos journaux, sur nos écrans plasma ou pire sur Internet… Force est de constater que la gentillesse, n’a pas beaucoup d’alliés officiels et n’est pas un sujet des plus vendeurs …
Sans compter que lorsqu’elle n’est pas considérée comme complaisante, elle passe pour de la faiblesse voire de la bêtise! Le doux euphémisme : C’est une gentille fille ou il est bien gentil… en dit long sur ce que nous pensons de la gentillesse… Alors est-ce à dire que pour éviter de passer pour un con, il vaut mieux cuisiner sa vie, à base de vacherie et d’animosité… plutôt qu’avec de la bienveillance et de la bonté…
Au fond, je me demande si la peur d’oser la gentillesse, tout au moins en public, n’est pas devenue une sorte de virus pire que le H1 N1, mais dont on parle beaucoup moins! On l’inocule donc à petites doses et sous le manteau…
Et pourtant… La gentillesse, d’après certains scientifiques, vaudrait bien des antidépresseurs et je ne parle pas d’un fac-similé de gentillesse, sirupeux, travesti et dégoulinant de faux vrais bons sentiments mais de cet acte gratuit qui n’attend rien en retour comme dirait ce bon Confucius. Mais comme aujourd’hui la confusion est plutôt de mise… et que tout se doit de rapporter, je crains que le pire ennemi de la gentillesse ne soit la gentillesse elle-même… tout simplement à cause de sa gratuité!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Octobre 2009-

Coach de vie…

Lien audio : Billet du 13 octobre 2009

Comme bon nombre de gens qui possèdent une adresse électronique, ma boîte de réception se voit régulièrement agressée par toutes sortes de messages, qui par je ne sais quel tour de passe-passe se faufilent au travers des mailles de mon anti-virus, et autres pare-feux… Entre les prières qui me promettent une vie pavée d’emmerdements si je n’en fais pas bénéficier mon prochain ou les gains mirobolants dont je suis l’heureuse bénéficiaire dans un pays dont j’ignore même le nom, depuis la rentrée, je reçois de façon intempestive des messages qui me proposent de régler tous mes problèmes. Personnels, financiers, familiaux, professionnels, physiques, spirituels et j’en passe… Des messages qui m’offrent de combattre l’auto-sabotage qu’évidemment je pratique sans le savoir… qui m’invitent à découvrir  les mille et uns  moyens de maîtriser mon existence que bien sûr je subis outrageusement… bref, de faire fructifier mon extraordinaire potentiel d’être humain dont j’ignore quasiment tout! Après le curé et son confessionnal, le psy et son divan… voilà donc une nouvelle race de sauveurs : le coach de vie et ses recettes miracles!

Eh bien je l’avoue le terme me fascine!… J’ignorais que la vie dans sa complexité, sa vastitude et son mouvement perpétuel pouvait être en bon français : coachée! D’autre part, à moins qu’il ne se prenne pour Dieu…ce que je n’ose penser… Je me demande comment un seul et même individu peut prétendre régler l’ensemble de mes petites et grosses misères… A priori, si je m’adresse à un dermatologue pour soigner une carie, il y a fort à parier que je vais m’offrir une bonne rage de dents! Et oui je le confesse quand je désire un bon pain au levain, je ne vais pas chez mon boucher… Je vous l’accorde, il existe bon nombre de supermarchés dans lesquels on trouve de tout… et de tout, on en trouve chez le coach de vie qui se respecte : Un brin de psychologie, une pincée de philosophie, un doigt d’humour, une cuillère à thé de pseudo-spiritualité, une louche de nutrition, une bonne dose d’exercices physiques… le tout saupoudré de poncifs du genre : Mais n’oubliez jamais que vous possédez en vous toutes les réponses!  

Eh oui… Au nom du bonheur, de la performance ou de cette quête sacrée de la fameuse estime de soi, n’importe qui peut donc faire n’importe quoi avec une prétention que je trouve déplacée, à commencer par l’utilisation du terme coach de vie! Car à mes yeux un véritable professionnel capable d’aider ses frères humains possède avant tout, l’humilité de connaître ses limites.

Et comme dirait l’autre : c’est parce que je doute, que je suis à même de remettre en cause le bien-fondé de la démarche de ces nouveaux apôtres du : j’ai-la-solution-à-tous-vos-problèmes… Et qu’on ne me parle d’altruisme… car j’ai beau être une brebis égarée dans ce monde qui ne l’est pas moins, j’ai encore suffisamment foi en la vie pour éviter qu’on me prenne pour une courge!

Ceci étant dit, bien au-delà de l’individu, le concept coach de vie est sans conteste le pur produit d’une société nombriliste, qui à force de se créer des besoins, se noie dans ses insatisfactions et qui, sous le fallacieux prétexte d’obtenir des réponses sur tout et n’importe quoi, oublie essentiellement, de se poser les bonnes questions!

 

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Octobre 2009-

 

Tout est relatif…

 Lien audio : Billet du 15 septembre 2009

Il y a des matins, où rien ne va, où dès le réveil, la fée Mauvais poil s’invite sans prévenir et trouve un malin plaisir à pourrir le début de votre journée en semant ça et là de perfides petites embûches… Comme par exemple se prendre les pieds dans le bol du chat qui vous décoche au passage un bon coup de griffe, car, pour éviter de vous encastrer dans le frigo, vous lui avez malencontreusement écrasé la queue. Évidemment le sort s’acharne, la poignée du placard de toute vos convoitises vous reste dans la main… celui qui renferme la boîte de café… qui s’avère être bien entendu désespérément vide… après une nuit écourtée par une croisade menée à coup d’oreiller contre un escadron de moustiques vrombissant en mal de chair fraîche… C’est en résumé le début de journée que je me suis offert récemment et qui ne m’incitait qu’à une chose, me recoucher… Mais voilà,  j’avais un texte à pondre… Heureusement le Dieu Dépanneur allait me sortir de cet enfer… Mais l’implacable logique d’une journée-galère colle à la peau comme une gomme sous une semelle : Fermé le dépanneur! A deux doigts de l’ulcère, je dus me résoudre à une marche forcée pour obtenir ma dose de caféine salvatrice… Ruminant mon infortune, je fus alors bousculée par une horde d’enfants, excités par le son suraigu d’une cloche qui n’en finissait pas de manifester sa joie en ce jour de rentrée des classes… Mais bien que mijotant dans ma poisseuse mauvaise humeur, je remarquais à quelques mètres du peloton vociférant qui s’engouffrait dans la cour, une fillette d’une dizaine d’année, qui traînait les pieds et que visiblement son père tentait de rassurer… Tant bien que mal, elle finit par franchir d’un pas de forçat résigné les grilles de l’école, en traînant tel un boulet,  son sac d’écolière…  Comme soudain mes déboires matinaux m’apparurent lilliputiens face à ce qu’elle vivait, visiblement, comme un parcours du combattant… En la regardant s’éloigner, je réalisais mon bonheur de ne plus avoir à affronter le système scolaire… Ah! Ne plus avoir à vivre ce stress de la quête absurde de ce graal qui s’appelle bonne note. Ne plus avoir à subir le gavage d’un programme imposé qui mène à une «écoeurantite» aigue et omet la distinction fondamentale qu’il y a entre connaissance et savoir… Oh quel pied de ne plus craindre le bulletin scolaire, ce morceau de papier qui vous réduit à un label de qualité : bon élève, mauvais, ou pire… moyen! Et dire que l’école pourrait être un lieu extraordinaire pour apprendre et se construire, si elle n’était le berceau de cette gorgone appelée compétition… Mais ça c’est un autre combat…                  
Ceci dit ma journée venait de changer de couleur, j’éprouvais soudain une délicieuse sensation de liberté… et tout en ayant une pensée pleine de tendresse pour cette fillette, ma mémoire reconnaissante se dirigea vers le souvenir de monsieur Lajoie, cet extraordinaire professeur de français qui bien plus que des connaissances m’avait transmis : l’envie… Celle de m’abreuver à toutes les sources pour mieux développer la mienne… Devant mon café, la fée Création évinça d’un revers de plume la fée Mauvais poil…  en me rappelant au passage qu’à l’école de la vie on apprend souvent… que tout est relatif!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Septembre 2009-

Bonnes Vacances…

L’été arrive à grand pas… pétri d’odeurs, de couleurs et du bonheur de voir se profiler à l’horizon le mot vacances… Vacances, mot magique s’il en est, qui alimenta la conversation lors du souper auquel ma voisine m’a récemment convié, histoire d’entretenir de cordiales relations … Il y avait là quelques-uns de ses amis et le sujet des vacances estivales fût lancé par l’un des convives, adepte du tout-inclus qui nous décrivit avec force qualificatifs, la vue paradisiaque de sa chambre louée dans un 4 étoiles mais à prix défiant toute concurrence, sur une île -version carte postale- . Il dressa ensuite la liste de tout ce qu’il allait faire : excursions, ski-nautique, plongée sous-marine, pêche au gros et j’en passe… Puis vînt le tour d’un couple, fidèle au même camping depuis 10 ans, avec lac artificiel mais dans lequel on pouvait bien sûr pêcher… Un camping proche de la nature avec piste asphaltée pour faire du patin à roues alignées, billard, mini-golf, terrains de basket, piscine surveillée… Bref un endroit extraordinaire avec mille choses à faire pour que surtout leurs enfants ne s’ennuient pas… Ma voisine quant à elle partait se ressourcer à la campagne, faire des travaux de rénovation pour améliorer le confort spartiate du chalet de son compagnon. Portable, cellulaire et autre i-pod seraient de l’expédition pour rester branchée sur le monde dans cet endroit magnifique mais éloigné de tout… On n’est pas des sauvages que diable! Et enfin un professeur en histoire de l’art, éreintée par son année scolaire, s’offrait le tour des grands musées d’Europe pour parfaire sa culture. Au programme : Londres, Paris, Amsterdam, Berlin, Vienne, Rome et peut-être Madrid s’il lui restait quelques deniers, le tout en un mois… Quand mon tour arriva et que la question fatidique tomba : Et toi que fais-tu pour les vacances?… J’ai répondu : Rien… Et n’en ajoutais pas plus… Mais comme la nature a horreur du vide, chacun y alla de son petit commentaire, en me disant que c’était formidable de rester chez soi pendant les vacances et de profiter de ce moment pour faire tout ce qu’on a n’a pas le temps de faire pendant l’année… Ne ménageant pas leurs efforts pour me donner des idées : ménage des placards, repeindre les murs de mon appartement, trier mes papiers sans compter qu’ici l’été regorgeait d’une foule d’activité à faire… Non, non, quand je dis rien c’est Rien! Mais rien à faire ce petit mot de rien ne leur évoquait rien… quand pour moi il signifiait : savourer le plaisir d’envoyer valser les contraintes, cultiver silence et lenteur, ne prévoir que l’imprévu et me laisser bercer par le souffle de mes désirs du moment! Et même peut-être oser l’ennui… Transformer ce mot qui nous fait si peur en terreau fertile pour émoustiller mon imagination… Pourquoi, même en vacances, vouloir toujours tout combler par le Faire…. Conjuguer le verbe Être n’est-il pas un fort joli projet de villégiature offrant tous les panoramas possibles?… Alors mes vacances de rien : prendre le temps de visiter ces cinq continents que sont mes cinq sens, au cours d’un voyage intérieur gratuit, sans photos-souvenirs pour ne pas m’entendre dire à mon retour : On n’a jamais autant besoin de vacances que lorsqu’on en revient!

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Juin 2009-

Ce bon vieux Robert…

 Lien audio : Billet du 26 mai 2009

Fidèle à mon bon vieux Robert qui partage ma vie depuis des années, mais qui je dois bien l’avouer n’est plus de la première fraîcheur, je me suis récemment décidée à le remplacer par un jeune et fringant spécimen! Que voulez-vous, il faut savoir tourner la page… C’est donc avec un mélange de nostalgie et de joie que tardivement le Petit Robert 2009 est entré dans ma vie… Mais contre toute attente ce petit Robert nouveau m’a mise face à tout un dilemme… Pour la mise en contexte, il faut tout d’abord vous dire que régulièrement je joue au scrabble… avec mon chat! Eh oui mon fidèle compagnon félin est un linguiste patenté, dévore les livres plutôt que les souris et à ses heures est un redoutable cruciverbiste… Bref, alors que Plume et moi disputions une partie acharnée sous l’œil attentif de Robert dernière mouture, voilà-t-y -pas que mon minou, moustache arrogante et patte alerte, dépose savamment toutes ces lettres sur le plateau, atteignant qui plus est une des cases : mot compte triple… Mais alors qu’il croyait sa victoire acquise, je fis un bond sur ma chaise : Eh non mon savant petit chatounet d’amour… Imbécilité prend deux L!
Dis donc… me rétorque mon chat bilingue… Il faudrait te mettre au goût du jour… Tu n’as pas entendu parler de la réforme de la nouvelle orthographe…
Réforme, nouvelle orthographe! Comme si Robert en digne gardien de la langue française allait cautionner, ce qui à mes yeux n’était que nivellement par le bas… Sûre de mon fait, je m’empare alors de Robert… qui comme tout le monde le sait a toujours le dernier mot… Mais oh horreur, enfer et trahison… Robert 2009 acceptait bien les deux graphies… Il acceptait même que 6000 vocables portent désormais deux visages… Verte de rage, j’envoyais valser Robert sur le plateau du scrabble… Plume nonchalamment me lança alors…Comme je tiens à mon langage châtié, je te dirais qu’il n’y a que les sots qui n’évoluent pas… en tout cas voilà qui prouve que l’imbécilité n’a point besoin de deux L pour voler bien bas ! Conservatrice va !
Oh rage oh désespoir, moi qui me targue d’être une progressiste, je venais d’être prise en flagrant délit d’une crise de conservatisme aigu… Et pourtant je sais que la pire des choses pour une langue vivante c’est d’être coulé dans le béton et que la langue de Molière n’a eu de cesse d’évoluer au cours des siècles…mais je dois aussi reconnaître ma méfiance face à cette tendance qui consiste à éradiquer peu à peu ce que d’aucuns appellent les caprices de la langue française… Car après tout n’est-ce pas sa complexité qui lui confère beauté et richesse?… Et oui, je les aime moi ses exceptions qui confirment la règle… Et si j’applaudie à l’enrichissement de la langue par l’apparition de nouveaux vocables, je me désole de son appauvrissement au nom de la facilité… Alors jouons, jouons avec la langue française, en gardant peut-être à l’esprit que pour éprouver le délicieux plaisir de transgresser ses règles, quelles qu’elles soient… encore faut-il les connaître donc… les apprendre! Apprendre avec deux P comme Plume… Mais ça c’est une autre histoire…

 

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Mai 2009-